C’est le coût du non bio.
Quand j’avais un magasin à la ferme, je complétais notre gamme avec les légumes bio de collègues, en plus de nos propres produits.
Et très souvent, les mêmes phrases revenaient.
« Je comprends, mais là, avec tout ce qui augmente… »
« Chez Leclerc, c’est deux fois moins cher, et c’est français aussi. »
« J’aimerais acheter bio, mais je ne peux pas à ce prix là. »
Je ne jugeais pas.
Je constatais simplement un décalage.
Le décalage entre le prix affiché et le prix réel des choses.
Ce que le ticket de caisse ne montre pas
Selon le dernier rapport du Haut Commissariat à la Stratégie et au Plan, publié en octobre 2025, une partie importante du coût de notre modèle agricole actuel est payée ailleurs, plus tard, et par tout le monde.
Les surcoûts de traitement de l’eau liés aux pesticides représentent entre 260 et 360 millions d’euros par an. Ils sont directement répercutés sur les factures d’eau des ménages.
Si l’on ajoute les achats d’eau en bouteille liés à la crainte de la pollution, près d’un milliard d’euros sort chaque année des poches des familles.
Le coût total de dépollution des eaux contaminées atteint jusqu’à 120 milliards d’euros, en cumulant les coûts passés et actuels.
À cela s’ajoutent les coûts sanitaires directs liés aux maladies professionnelles reconnues, comme la maladie de Parkinson ou certains cancers. Ils dépassent 48 millions d’euros par an, sans même comptabiliser les conséquences humaines, sociales et familiales.
La facture invisible du non bio
Tout cela constitue le coût réel du non bio.
Une facture invisible, étalée dans le temps, diluée dans les impôts, les cotisations, les dépenses contraintes.
Alors non, les produits bio ne sont pas trop chers.
Ils paient simplement le prix réel, immédiatement, au lieu de le repousser sur la collectivité.
Ils intègrent dès aujourd’hui le coût du sol, de l’eau et de la santé.
Un débat mal posé
Le vrai scandale, ce n’est pas leur prix.
C’est que nous ayons fini par trouver normal que ce qui détruit coûte moins cher que ce qui préserve.
Le débat sur le bio est trop souvent réduit à une opposition caricaturale entre consommateurs vertueux et consommateurs contraints. Cette lecture est fausse et injuste.
La question n’est pas morale.
Elle est économique, sanitaire et politique.
Tant que les coûts environnementaux et sanitaires du modèle dominant resteront externalisés, le bio apparaîtra artificiellement plus cher.
Non pas parce qu’il l’est réellement, mais parce qu’il est l’un des rares à afficher le vrai prix.
C’est ce décalage là qu’il faut regarder en face.
